Pour qui aime lire, excellente idée que celle de Sylire et Lisa avec le blogoclub : il s'agit de lire le même livre, ou autour d'un thème donné, puis d'en parler sur son propre blog. Cette fois ci, le thème en était "lectures autour de Boris Vian".
Et j'ai choisi de lire "l'écume des jours", pour ma première participation.

l'écume des jours



Comment résumer ce livre en quelques mots ?
Un roman d'amour.
Une histoire d'amour, qui commence dans la fantaisie la plus étonnante et qui s'achève dans la tragédie la plus implacable.

Six jeunes personnages se partagent l'espace du roman.
Les deux principaux : Colin et Chloé,
Puis leurs amis : Chick et Alise,
Enfin Nicolas le cuisinier de Colin, et Isis.

Pourquoi ai-je choisi ce livre ?
Je l'avais acheté il y a... une vingtaine d'années (!), j'en avais lu une trentaine de pages, puis n'ayant vraiment pas accroché, j'avais laissé tombé. Impossible pour moi de rentrer dans cette histoire des plus farfelues, trop loin du réel. La fantaisie ça va un peu, ça fait rire un moment, et puis ça fatigue...

L'utilisation du coupe-ongles pour se tailler en biseau les coins des paupières pour donner du mystère à son regard,
Les comédons qui se voient laids dans le miroir et se cachent prestement sous la peau,
Le tapis de bain que l'on fait dégorger avec du gros sel et qui se met à baver en faisant des bulles de savon,
L'anguille qui sort de la conduite d'eau froide du lavabo pour manger le dentifrice,
ça va un peu. On sourit un temps et puis ce n'est plus drôle.

Je disais donc, 20 ans après j'ai repris cette lecture, avec rapidement le même agacement, mais, blogoclub oblige, j'ai décidé de continuer malgré tout.
Et quel bonheur ! Oui, au delà d'un certain nombre de pages, la magie opéra. Ces jeunes personnages, finalement je me suis prise à les aimer, malgré le drôle de monde qui est le leur. Et si leur monde étonne, eux sont faits comme nous, sans doute, éprouvant les mêmes sentiments quasiment.
Des jeunes gens d'une vingtaine d'années, sympathiques, attachants de pureté, d'innocence.

J'ai aimé : Colin qui conjugue, en attendant l'amour "Je voudrais être amoureux. Tu voudrais être amoureux. Il voudrait idem (être amoureux). Nous, vous, voudrions, voudriez être. Ils voudraient également tomber amoureux..."

Je me suis prise au jeu des jeux de mots (je repense au pharmacien qui exécute l'ordonnance avec une petite guillotine). Sourire.

La fantaisie parfois rappelle aussi terriblement la réalité. A peine dépassé le premier tiers du roman, qu'une angoisse vague s'éveille en nous. Le monde change progressivement. S'étrique. Les couleurs ne sont plus les mêmes. L'environnement oppresse. L'angoisse, notre angoisse à nous, à moi, à toi, n'est-elle pas ainsi ressentie parfois ?
Ca commence à mal tourner au chapitre XXIV "La grande voiture blanche se frayait précautionneusement un chemin dans les ornières de la route. Colin et Chloé, assis derrière, regardaient le paysage avec un certain malaise. Le ciel était bas, des oiseaux rouges volaient au ras des fils télégraphiques en montant et descendant comme eux, et leurs cris aigres se reflétaient sur l'eau plombée des flaques."
Ainsi, les histoires d'amour ne durent pas : une drôle d'histoire de nénuphar ronge Chloé (et donc Colin), le couple Chick/Alise est mis en péril par la passion incontrôlée que Chick voue à... Jean-Sol Partre.

En conclusion, j'ai vraiment aimé : ouvrage marquant pour moi, en grande partie pour sa dualité, toute la gravité des grands thèmes de l'existence -l'amour, la vie, la mort, la souffrance- que l'on trouve derrière la fantaisie la plus débridée. Sourires et émotion...
Je citerais un dernier passage, clé à mon avis :
"A l'endroit où les fleuves se jettent dans la mer il se forme une barre difficile à franchir et de grands remous écumeux où dansent les épaves. Entre la nuit du dehors et la lumière de la lampe, les souvenirs refluaient de l'obscurité, se heurtaient à la clarté et, tantôt immergés, tantôts apparents, montraient leurs ventres blancs et leurs dos argentés."

Lumière sur le titre du roman, non ?