"Clément s'est rendormi dans mes bras, comme s'il avait encore quatre ans, et j'ai senti ma gorge se serrer à cette pensée. Déjà la nostalgie me prenait de ce temps premier de la petite enfance, ce temps enfui pour toujours, de tendresse éperdue, d'amour inconditionnel, de proximité animale qui me semblait le ciment de tout, me faisait entrevoir que rien jamais ne pourrait m'écarter de mes enfants, quoi qu'ils pensent, quoi qu'ils fassent. "

Comme elles raisonnent en moi, ces quelques lignes, comme elles parlent à mon coeur de mère (et me touchent d'autant plus qu'elles sont... écrites par un homme !) Sans en être le résumé, elles en disent un peu sur le ton de ce livre, de tout ce qu'il renferme de tendresse et de nostalgie. 

Vous l'avez compris, une fois de plus, je lis Olivier Adam. J'ai lu presque tous ses livres, je crois bien les avoir tous aimés, et "Les lisières" sans doute plus que les précédents, il me semble être le plus, comment dire ? Le plus dense de ses livres (au moins de ceux que j'ai lus !) 

Le résumé (quatrième de couverture)

"Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s'occuper de ses parents "pour une fois", son père ouvrier qui s'apprête à voter FN et le tsunami qui ravage un Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existense. De retour dans la banlieue de son enfance, il va se confronter au monde qui l'a fondé et qu'il a fui. En quelques semaines et autant de rencontres, c'est à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place."

Un Olivier Adam, sombre et tourmenté, comme toujours. Plus que jamais le personnage principal et narrateur, Paul Steiner, m'apparait comme son double. Sans doute tout simplement parce qu'aux qualificatifs "sombre" et "tourmenté" il faut en ajouter un troisième, qui serait "intime". Une intimité qui touche la nôtre, pas tant par les événements du roman en eux-mêmes, mais par la justesse du ressenti, l'émotion qui se dégage, faite de tendresse et de violence mêlées, de nostalgie, d'éternelle quête de soi-même... En bref, j'ai aimé Paul Steiner comme j'aurais aimé un grand gamin, qui tantôt vous attendrit, tantôt... appellerait une paire de claques !

Hormis le personnage de Paul Steiner, l'intérêt du roman réside dans la peinture pointilleuse d'un des "mondes" de la civilisation qui est la nôtre ! (personnellement, je vois grosso-modo notre société comme une juxtaposition de "mondes" qui coexistent sans vraiment se mélanger) Ce que O. Adam appelle "Les lisières", c'est ce monde en marge de la société (cités et autres banlieues, avec les habitants qui les peuplent), cette marge grandissante étrique les hommes qui peinent à se construire, à trouver leur identité -à s'épanouir. 

Pour finir, je citerai cet élément essentiel du roman d'Olivier Adam, l'Océan, comme un espace naturel de rédemption :

"Soudain la mer s'est répandue devant mes yeux et j'ai eu la sensation qu'on ouvrait mon cerveau pour le laisser libre de s'étendre après des jours entiers dans un Tupperware. Je suis descendu de la voiture et mes poumons se sont remplis de ciel et d'algues, de sel et d'iode."