Jaune était la mer de mon enfance.

Elle était jaune et ondoyait sous l'Autan.

Elle était jaune et ne sentait pas la marée, ni l'iode, non, rien de tout ça, rien de la mer. Sentait-elle moins bon, sentait-elle meilleur ?

Aimais-je son odeur, à la mer jaune,

la mielleuse,

l'entêtante ?

Je ne saurais le dire, mes narines s'enchantaient et s'écoeuraient à la fois, c'était elle que j'aimais, elle, la jaune.

Languedoc, pays de vent.

Mai. Les champs de colza sont au summum de leur lumière et de leur grandeur.

J'ai dix ans, et vous aussi.

Nous chevauchons des navires, nous conquérons les terres nouvelles. Nous bâtissons des palais, nous nous frayons des chemins dans l'immense forêt jaune.

Nous nous accroupissons à l'abri des hautes tiges, dans le bruissement du vent et des courants, nous nous contons mille histoires folles, en compagnie des petites bêtes, jusqu'à entendre l'appel des adultes, le soir venu.

 

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