Profiter de ce temps de rentrée pour lire ou relire ce poème de René-Guy Cadours, qui sans doute réveille en chacun une odeur, une émotion, une lumière...

 

LA SAISON DE SAINTE-REINE

Je n’ai pas oublié cette maison d’école
Où je naquis en février dix-neuf cent vingt
Les vieux murs à la chaux ni l’odeur du pétrole
Dans la classe étouffée par le poids du jardin
Mon père s’y plaisait en costume de chasse
Tous deux nous y avions de tendres rendez-vous
Lorsqu’il me revenait d’un monde de ténèbres
D’une Amérique à trois cents mètres de chez nous
Je l’attendais couché sur les pieds de ma mère
Comme un bon chien un peu fautif d’avoir couru
Du jardin au grenier des pistes de lumière
Et le poil tout fumant d’univers parcourus
La porte à peine ouverte il sortait de ses manches
Des jeux de cartes des sous belges ou des noix
Et je le regardais confiant dans son silence
Pour ma mère tirer de l’amour de ses doigts
Il me parlait souvent de son temps de souffrance
Quand il était sergent-major et qu’il montait
Du côté de Tracy-le-Mont ou de la France
La garde avec une mitrailleuse rouillée
Et je riais et je pensais aux pommes mûres
À la fraîcheur avoisinante du cellier
À ce parfum d’encre violette et de souillure
Qui demeure longtemps dans les sarraus mouillés
Mais ce soir où je suis assis près de ma femme
Dans une maison d’école comme autrefois
Je ne sais rien que toi Je t’aime comme on aime
Sa vie dans la chaleur d’un regard d’avant soi.

René Guy CADOU, 1920-1951,Les Visages de Solitude. (Seghers)

 

Je m'arrête à certains vers, ils sont pure merveilles,

 je me laisse entraîner

 Du jardin au grenier des pistes de lumière

 

...je voudrais les garder  dans le chaud de mon âme

Je ne sais rien que toi Je t'aime comme on aime

Sa vie dans la chaleur d'un regard d'avant soi.