"Ce que j'aime en toi c'est ton manque total d'énergie. La plupart des femmes sont à la recherche d'hommes entreprenants, sans faille apparente, des décisionnaires efficaces, qui, sans être forcément brillants, savent immédiatement choisir entre deux voies -des types rassurants, en somme. Ce genre d'hommes me barbe. Toi, tu n'es pas du tout rassurant. Tu n'affirmes rien haut et fort, tu renvoies à tous l'image de ta propre indécision -et de la leur, tout aussi fondamentale. Tu me fait penser au curé de Bernanos, ou au prince Mychkine. D'abord, comme eux tu es bon. Ensuite, tu n'agis pas vraiment, mais ta passivité a quelque chose de solide et de lumineux qui bouleverse littéralement, et modifie en prodondeur ceux qui t'approchent. Quoi qu'on te demande, tu ne sais pas refuser, peut-être parce que refuser c'est éliminer définitivement tout un éventail de possibles. Tu tergiverses, tu hésites toujours entre deux plats ou deux films, et cela peut être agaçant, mais au bout du compte ton indécision n'est qu'une forme de lucidité : cela a si peu d'importance après tout, toute décision n'est que le résultat d'un malentendu, aussi, de la même façon que refuser t'est difficile, tu te demandes sans doute à quoi bon choisir de façon arbitraire et brutale, éliminer à jamais l'autre partie de l'alternative. Tu es l'eau dormante quand d'autres sont des torrents qui emportent et dévastent tout. Mais je crois que la puissance transformante des eaux calmes agit plus en profondeur que celle des flots impétueux, même si elle est moins immédiatement visible. Tu te laisses porter par les événements plus que tu n'agis sur eux. Cela horripile la plupart des gens, et des femmes en particulier. Mais moi, j'aime."

Extrait du roman de Christian Garcin - Le vol du pigeon voyageur

J'ai beaucoup aimé cette déclaration d'amour on ne peut plus à contre courant. Et puis quel beau portrait, n'est ce pas ?