Sous l'alisier

08 novembre 2018

Les gens dans l'enveloppe

 

Je ne sais toujours pas dire précisément ce qui m’émeut dans les photos. Elles me parlent de ce qui se vit et se meurt en même temps. Elles me racontent la beauté de l’instant unique qu’on ne revivra jamais. Elles me chantent l’effort vain de l’humain pour retenir la vie. Tracer un trait sur la paroi de la grotte, modeler une glaise, graver le tronc d’un arbre, fixer la lumière sur la pellicule. Ecrire un mot. Dire j’étais là, tu étais là. 

On ne retient pas la vie, on peut juste s’en souvenir. La vie est comme les secondes, elle se fiche de nos efforts, elle coule dans son perpétuel effacement. Du sable entre les doigts, une goutte d’eau sur une pierre chaude.

Isabelle Monnin dans « Les gens dans l’enveloppe »

Drôle d’histoire… Isabelle Monnin achète à un brocanteur une enveloppe contenant 250 photos d’une famille dont elle ne sait rien. A partir de là, elle écrit un livre en 2 parties, la première est un roman inventé à partir des photos. Le seconde partie est une enquête, retrouver les gens de l’enveloppe et écouter puis retranscrire leur histoire. A la fin du livre, un CD avec les chansons qu’Alex Beaupain.

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18 octobre 2018

Si c'était quelque chose entre les choses... Philippe JACCOTTET

 

Si c’était quelque chose entre les choses, comme

 l’espace entre tilleul et laurier, dans le jardin,

comme l’air froid sur les yeux et la bouche

quand on franchit, sans plus penser, sa vie,

si c’était, oui, ce simple pas risqué dehors…

                                                                                              

Pensée subtile, mais quelle pensée, si l’étoffe du corps se déchire, la recoudra ?

 

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05 janvier 2018

Déchire ces ombres enfin... Philippe Jaccottet

 

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Déchire ces ombres enfin comme chiffons,

Vêtu de loques, faux mendiant, coureur de linceuls :

Singer la mort à distance est vergogne,

Avoir peur quand il y aura lieu suffit.  A présent,

Habille-toi d’une fourrure de soleil et sors

Comme un chasseur contre le vent, franchis

Comme une eau fraîche et rapide ta vie.

 

Si tu avais moins peur,

Tu ne ferais plus d’ombre sur tes pas.

 

Philippe Jaccottet - A la lumière d'hiver

 

 

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07 décembre 2017

Assez trainé



Ces journées se sont assez étirées, baignées de leur lumière des plus marginales

Il faut que je revienne dans le sombre de l'humanité Il faut que je sois

raisonnable je ne peux pas m'attarder plus de ce côté car

J'ai assez trainé avec ma petite troupe sur cet

îlot, pierres chaudes et douce terre,

à humer la lenteur palpable des heures

Je répète pourquoi mais pourquoi

Pourquoi la vie est-elle ainsi

faite que toujours tu

doives t'abstraire

de ce qu'elle 

a de plus

vivant

?

 

 

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24 juillet 2017

Ce qui est précieux

 

Ce serait un secret, de ceux que l'on sait depuis toujours, de ceux que l'on oublie depuis toujours. Il jaillit à la dernière page du livre de Baptiste Beaulieu, comme une évidence, et il vous touche infiniment

 

 

...Ce qui est précieux,
Se frôle avec stupeur,
Mais ne se retient pas.

Ce qui est précieux est fragile,
Comme poussières dans un rayon,
Souffle dessus, tout s’écroulera,

Ce qui est précieux éclôt,
Croît, casse et se fane,
Passe comme la peau,

Et puis un jour,
On croit mourir,
Et même la mort n’est rien.

Pour puiser à la source : https://lesjardinsmecaniques.wordpress.com/

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01 avril 2017

La musique

 

Moi, ladite Dame Ka, nulle en musique, oreille sensible comme couenne de dinausore, ai été touchée hier par la grâce d'un concert de piano.

Imaginez un puits de lumière et une jeune fille si menue au centre, des doigts qui courent, volent, exprime l'âme des plus grands à peine connus de moi mais d'un coup révélés,

Imaginez un public tout cabossé dans un enchevêtrement de fauteuils roulants, au bord de la pièce une vieille dame évadée de son corps dont les mains dansent sur des touches imaginaires, vibrante  de l'instant,

Imaginez des regards qui brillent, des sourires, des larmes, des mains pressées d'applaudir,

Imaginez.

La musique, quel miracle la musique...

pianiste

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23 mars 2017

Je voudrais pouvoir dire...

 

               Je voudrais pouvoir dire
                  les rivières
                    de cailloux
                       que l'on roule
                          après soi
                              Laisser faire les remous
                                  et les lames submerger...


Il y aurait peut-être un après
                 qui me laisserait pantelante sur la rive
                 nerfs en miettes
                 âme en fuite


Il y aurait peut-être un Après
                un arc en ciel une forêt
                un soleil une main un sourire.
                Comme un choeur :
                     un écho de ta voix
                     un tamtam de Là-bas
                     qui transpire

                                 

statue enfant

 

 

 

 

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26 janvier 2017

Pile ou face

 

"La peur et la joie. Pile ou face. On vit toute une vie avec ça. La peur ou la joie.

Etre une pièce. On tombe d'un côté ou de l'autre. On choisit, plus ou moins, de quel côté on tombe.

La joie est le dos de la peur.

Quand l'une s'éloigne, on distingue le sourire sur le visage de l'autre.

On est les deux.

Une pièce. Qui vole en l'air. Qui tourne. Qui tombe. S'il n'y a rien ou personne pour nous lancer une nouvelle fois.

On reste en bas. Le visage couché dans la poussière.

L'idéal serait de rouler. Sur la tranche. C'est un idéal.

Ou de rester en l'air. A voltiger. Eternellement. Jusqu'à ne plus avoir besoin de distinguer le sol du ciel.

Comme un martinet. Un nuage. Un yo-yo. Un enfant."

 

Je lis La part des nuages, de Thomas Vinau. Ma lecture du jour butte sur ces lignes, que je relis et lis encore. Avec l'impression étrange de trouver un écho à mon propre balancement.

 

 

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03 décembre 2016

Des âmes rudes et bienveillantes veillent dans la lumière d'hiver

 

Un jour, sans aucun doute, vous passerez entre Ariège et Aude, dans le pays de Mirepoix. Vous ne manquerez pas, ce jour-là, de faire une petite étape à Vals. Le village est magnifique, comme de nombreux village du Mirapicien. La pierre y est chaude, dorée au sud, le Moyen-Age s'y est posé pour la suite des temps. Des âme rudes et bienveillantes veillent dans la lumière d'hiver.

Au  bout du village, il y a l'église,

Eglise de Vals (1)

 

petite citadelle jaillie de la pierre, qui de suite attire le regard. Vous en ferez le tour, poussé par la curiosité -est-il possible d'agir autrement ? Vous admirerez les blocs de poudingue qui l'enchassent. Puis viendra ce moment, instant magique, où vous déciderez de pousser la porte de chêne :

"En grinçant, elle tourne sur ses gonds, laissant plonger le regard dans la pénombre. Et là, c’est le choc…..

Utilisant au mieux une faille naturelle, un escalier de pierre paraît s’enfoncer dans les entrailles de la terre. Une dizaine de degrés mène jusqu’à une vieille porte qui donne dans la partie inférieure de l’église, abusivement qualifiée de crypte. Nous sommes là dans les restes de l'édifice du X ème siècle, celui que les premiers chrétiens de la contrée avaient bâti avec un évident sens de la mise en scène….."  (la suite c'est ici)

Eglise de Vals (11)

 

C'était vraiment une belle surprise, cette visite. Quelle émotion à se trouver dans ce giron de pierre, entre terre, ciel, humanité et spiritualité ! 

 

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17 novembre 2016

Pensée philosophique d'un 17 novembre

 

Je ne sais pas si c'est un ressenti général ou bien qui m'est particulier.

Depuis l'enfance, je me sais mortelle, c'est une pensée qui s'est depuis toujours imposée à moi, régulièrement, comme une éventualité triste et un peu effrayante, certes, mais une éventualité possible.  

Par contre, aussi étonnant que cela puisse paraitre, j'ai longtemps ignoré être susceptible de vieillir un jour. Ce n'est que maintenant, la cinquantaire bien installée, que je me dis Mince, ça va t'arriver à toi aussi, te courber et renoncer peu à peu à toutes ces choses qui furent le sel de ta vie... Et les paroles du Grand Jacques me paraissent aujourd'hui tellement juste : "Mourir la belle affaire, mais vieillir... Ô vieillir..."

 

 

 

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